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Réglementation 6 min de lecture

Biodiversité en entreprise : ce que révèle le premier roadtest ACT Biodiversity

Premier roadtest ACT Biodiversity (EVEA, janv. 2026) : 13 grands groupes français évalués, score moyen 32/100, chaîne de valeur amont à 19 %, tendance « nature positive » négative pour 4 d'entre eux. Et un constat majeur : les données publiques CSRD ne suffisent pas.

En janvier 2026, EVEA a publié — pour le compte de l'ADEME et de l'Office français de la biodiversité — le rapport du premier roadtest de la méthodologie ACT Biodiversity. Treize grands groupes français y ont passé une évaluation complète de leur stratégie biodiversité, sur l'exercice de reporting 2024. Les résultats offrent une photographie chiffrée, rare, de la maturité biodiversité du tissu économique français.

Avertissement méthodologique préalable : au moment de ce roadtest, la méthodologie ACT Biodiversity était encore en version draft. Les chiffres ci-dessous sont donc à lire comme un état des lieux de développement. La version 1 de la méthodologie, publiée en juin 2026, a depuis corrigé une partie des points identifiés.

L'essentiel

  • Le roadtest a évalué 13 grands groupes français (construction, agroalimentaire, chimie, énergie), sur l'exercice 2024.
  • Score de performance moyen : 32/100 (narratif C, tendance neutre) ; meilleur score 59, plus bas 14,5, maximum théorique observé 65/100.
  • Module le plus faible : la chaîne de valeur amont, à 19 %, qualifiée d'« angle mort critique ». Le plus mature : l'engagement public, à 54 %.
  • Tendance « nature positive » après jugement expert : 2 entreprises positives, 8 neutres, 4 négatives.
  • Constat majeur : les données publiques de la CSRD n'ont pas suffi à mener les évaluations, même pour les entreprises déjà soumises à la directive.

L'échantillon : 13 entreprises, 4 secteurs

Le roadtest a porté sur 13 entreprises issues de quatre secteurs : construction, agroalimentaire, chimie et énergie. La majorité des évaluations s'est appuyée sur des données privées partagées sous accord de confidentialité (NDA) — un point sur lequel nous revenons plus bas, car il est lourd de conséquences pour le reporting CSRD. Chaque entreprise a reçu un score à trois dimensions : performance (0 à 100), narratif (de A à D) et tendance (+ / = / –).

Un score de performance moyen de 32/100

Le résultat le plus parlant : le score de performance moyen final s'établit à 32 (sur 100), assorti d'une note narrative moyenne C et d'une tendance moyenne neutre (=). La dispersion est large :

Indicateur de performanceValeur
Score moyen32 / 100
Score le plus élevé59
Score le plus bas14,5
Maximum théorique observé*65 / 100

* En agrégeant, indicateur par indicateur, la meilleure note obtenue par l'ensemble des participants, le rapport établit un plafond pratique de 65/100 — preuve qu'aucune entreprise, même en cumulant les meilleures pratiques observées, n'atteignait l'excellence sur tous les fronts.

Le talon d'Achille : la chaîne de valeur amont (19 %)

L'analyse par module est encore plus instructive. En moyenne, les entreprises obtiennent leurs meilleurs résultats sur l'engagement politique et public (Policy engagement) : 54 %, leur dimension la plus mature. À l'inverse, le module le plus faible est sans appel :

  • Activités amont (Upstream) : 19 % — le score moyen le plus bas de tous les modules.
  • Modèle d'affaires (Business model) : 24 %.
  • Investissement immatériel (Intangible investment) : 25 %.

Or l'amont (module 4) et les opérations directes (module 2) pèsent ensemble 43 % du score de performance — la pondération la plus lourde de la méthodologie. Un score de 19 % sur le maillon amont pénalise donc fortement le résultat global. Le rapport qualifie ce maillon d'« angle mort critique » (critical blind spot) et souligne que, pour l'ensemble des participants, « la collecte de données pour le module 4 a été très difficile ». Le constat de fond, exprimé par les entreprises elles-mêmes : la plupart « étaient auparavant focalisées sur leurs impacts directs, en particulier sur leurs sites, et ne réalisaient pas l'importance de la chaîne d'approvisionnement amont ».

La note narrative : un déficit de transformation et de gestion du risque

Le score narratif s'appuie sur cinq dimensions de maturité, notées de 0 à 4. Les moyennes du roadtest révèlent où se situent les points forts et les fragilités :

Dimension narrativeNote moyenne /4
Data Quality (qualité des données)2,38 (la plus élevée)
Reputation2,36
Consistency & Credibility~2
Business Model & Strategy1,95
Risk (gestion du risque)1,69 (la plus basse)

Deux enseignements. D'abord, les entreprises sont relativement à l'aise sur la qualité de leurs données (2,38) — mais ce chiffre doit être nuancé par le fait que la plupart s'appuyaient sur des données privées, non publiées. Ensuite, la gestion du risque biodiversité (1,69) et la transformation du modèle d'affaires (1,95) restent les maillons faibles : peu d'entreprises ont intégré la biodiversité comme un risque stratégique structurant.

(Note de lecture : le rapport indique « 2 » pour la dimension Consistency & Credibility dans le texte, tandis que le graphique de synthèse correspondant pourrait afficher une valeur légèrement supérieure ; nous retenons la valeur textuelle.)

La tendance « nature positive » : 4 entreprises sur 13 en recul

Le score de tendance indique si l'entreprise se rapproche ou s'éloigne d'une trajectoire compatible avec une économie « nature positive ». Le processus est instructif : l'outil ACT, appliqué de façon automatique, classait initialement 12 entreprises comme « neutres » (=) et une seule comme « négative » (–) — un résultat jugé trop indulgent par les évaluateurs, le niveau d'exigence de l'outil étant calibré très haut. Après ajustement par le jugement d'expert des analystes, la distribution finale s'établit ainsi :

  • 2 entreprises avec une tendance positive (+) ;
  • 8 entreprises avec une tendance neutre (=) ;
  • 4 entreprises avec une tendance négative (–).

Autrement dit : pour quatre groupes sur treize, rien n'indique de manière tangible une amélioration de la performance biodiversité dans les années à venir. Seules deux entreprises présentent des signes robustes de transformation de leur modèle d'affaires.

L'enseignement majeur : les données publiques CSRD ne suffisent pas

C'est sans doute le constat le plus structurant du roadtest pour les directions RSE et financières. Le rapport est explicite : les évaluations « se sont principalement appuyées sur des données privées », ce qui signifie que « même pour les entreprises publiant un rapport de durabilité conforme à la CSRD, les données publiques n'étaient pas suffisantes pour l'évaluation ».

L'explication avancée : un manque de maturité encore réel sur la norme ESRS E4 (Biodiversité). Le rapport ajoute un constat plus large : « de façon générale, les entreprises sont moins matures sur la biodiversité que sur le changement climatique ». Beaucoup disposent d'un plan de transition climat, peu d'un plan de transition « nature » — alors même que ce dernier est un prérequis pour démarrer l'évaluation.

Ce que ces chiffres disent aux entreprises

Le premier roadtest ACT Biodiversity dresse un constat sans complaisance : une maturité globale faible (32/100), un angle mort majeur sur la chaîne de valeur amont, et surtout un déficit de données fiables, traçables et exploitables — y compris chez des entreprises pourtant soumises à la CSRD. Ce déficit de données n'est pas un détail méthodologique : c'est le point de bascule. Une stratégie biodiversité ne vaut que par la qualité de la mesure qui la fonde. C'est l'enjeu que nous traitons dans notre article sur le rôle de la certification indépendante dans la mesure biodiversité.

De la donnée brute à la donnée certifiée. Le roadtest le montre : la difficulté n'est pas de produire un chiffre, mais de produire un chiffre fiable, comparable et opposable. La certification Effinature délivrée par IRICE — organisme accrédité Cofrac n°5-0655 selon ISO/IEC 17065 (portée disponible sur www.cofrac.fr) — apporte cette garantie au niveau du terrain. Échanger avec un expert IRICE.

Source : rapport de roadtest ACT Biodiversity (EVEA pour l'ADEME et l'OFB, janvier 2026), version draft de la méthodologie.

Questions fréquentes

Le score de performance moyen des 13 entreprises évaluées s'établit à 32 sur 100, avec une note narrative moyenne C et une tendance moyenne neutre. Le meilleur score atteint 59, le plus bas 14,5.

Le module le plus faible est la chaîne de valeur amont (module 4), avec un score moyen de 19 %, qualifié d'« angle mort critique » par le rapport. Les opérations directes et l'amont pèsent ensemble 43 % du score.

Après ajustement par jugement d'expert, 4 entreprises sur 13 reçoivent une tendance négative, 8 une tendance neutre et 2 une tendance positive.

Non. Le rapport conclut que même pour les entreprises publiant un rapport conforme à la CSRD, les données publiques n'étaient pas suffisantes pour mener l'évaluation, faute d'une maturité suffisante sur la norme ESRS E4.

CP
Cédric Plantaz

Président, IRICE Certification

Accréditation Cofrac n°5-0655, Certification de produits, procédés et services, portée disponible sur www.cofrac.fr.

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