En juin 2026, l'ADEME et l'OFB ont publié la version 1 d'ACT Biodiversity, méthodologie d'évaluation de la stratégie biodiversité des entreprises. 9 modules, 3 scores, 4 des 5 pressions IPBES : lecture factuelle d'un cadre qui suppose, en amont, une mesure fiable de l'état de la nature.
En juin 2026, l'ADEME et l'Office français de la biodiversité (OFB) ont publié la version 1 de ACT Biodiversity, une méthodologie d'évaluation de la stratégie biodiversité des entreprises. Elle s'inscrit dans l'initiative ACT (Assessing Climate Transition), développée depuis 2015 par l'ADEME et le CDP dans le sillage de la COP21. ACT Biodiversity en est la première déclinaison consacrée à la nature, après plus d'une décennie de travaux sur la transition climatique.
Cet article propose une lecture factuelle de la méthodologie, à partir du texte normatif v1 et du rapport de roadtest associé (réalisé par EVEA pour le compte de l'ADEME et de l'OFB).
L'essentiel
- ACT Biodiversity est une méthodologie d'évaluation de la stratégie biodiversité des entreprises, développée par l'ADEME et l'OFB, publiée en version 1 en juin 2026.
- Elle s'appuie sur 9 modules et produit 3 scores : performance (0–100), narratif (A–D), tendance (+ / = / –).
- Les modules opérations directes et amont pèsent ensemble 43 % du score de performance — la pondération la plus lourde.
- Elle couvre 4 des 5 pressions IPBES (les espèces exotiques envahissantes ne sont pas encore pleinement évaluées).
- Point clé : ACT Biodiversity n'évalue pas l'état de la nature lui-même ; cet état doit être mesuré par l'entreprise en amont.
D'où vient ACT Biodiversity
L'initiative ACT vise à évaluer les stratégies d'entreprise au regard des objectifs de l'Accord de Paris. ACT Biodiversity transpose cette logique à la biodiversité, en suivant les mêmes principes directeurs qu'ACT Climat : une approche holistique de la stratégie, de la gouvernance, des actions et de la performance, mais centrée cette fois sur les pressions exercées sur la nature.
La coordination technique est assurée par l'ADEME et l'OFB. Comme toute méthodologie ACT, son développement a suivi trois étapes : développement de la méthodologie, expérimentation (le roadtest), puis affinement et publication — avec la sortie de la version 1 en juin 2026. Le cadre de référence ultime est le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal : l'évaluation indique dans quelle mesure la stratégie d'une entreprise contribue à une économie « nature positive ».
Les 9 modules et leur pondération
La méthodologie structure son évaluation autour de neuf modules, dont le poids dans le score de performance varie selon la matérialité de chaque entreprise. Les modules 1 à 4 reposent majoritairement sur des indicateurs quantitatifs, les modules 5 à 9 sur des indicateurs qualitatifs.
| Module | Objet | Poids dans le score de performance |
|---|---|---|
| 1. Targets (objectifs) | Objectifs de réduction d'impact, en opérations directes et amont | 15 % |
| 2. Direct operations | Impacts sur les sites propres (pratiques, gestion des sols, CAPEX) | variable* |
| 3. Intangible investment | Formation et R&D biodiversité | 3 % |
| 4. Upstream activities | Impacts de la chaîne de valeur amont, traçabilité fournisseurs | variable* |
| 5. Management | Gouvernance, plan de transition nature, incitations, risques | 10 % |
| 6. Supplier engagement | Stratégie d'influence des fournisseurs | 7 % |
| 7. Client engagement | Stratégie d'influence des clients | 7 % |
| 8. Policy engagement | Positions publiques, lobbying, associations | 5 % |
| 9. Business model | Transformation structurelle du modèle d'affaires | 10 % |
* Les modules 2 (opérations directes) et 4 (amont) sont pondérés ensemble à 43 % du score de performance, ce qui en fait les plus déterminants. La répartition interne de ces 43 % dépend de la matérialité respective des impacts directs et amont de chaque entreprise (formules W2 = 43 % × %Direct, W4 = 43 % × %Amont, d'après la méthodologie).
Cette logique de matérialité est centrale : c'est elle qui détermine le périmètre des objectifs à fixer (module 1) et le poids relatif des opérations directes et amont.
Les trois scores produits
ACT Biodiversity génère un score à trois dimensions, conformément au cadre ACT :
- Le score de performance (0 à 100) est la somme pondérée de tous les points obtenus. Pour situer le niveau : lors du roadtest, le score maximum théorique combiné — en agrégeant les meilleures notes obtenues sur chaque indicateur — atteignait 65/100.
- Le score narratif (de A, le plus élevé, à D selon l'échelle) repose sur une matrice de maturité à cinq dimensions : Business Model & Strategy, Consistency & Credibility, Data Quality, Reputation, Risk.
- Le score de tendance (+ / = / –) indique si l'entreprise se rapproche ou s'éloigne d'une trajectoire « nature positive ». Il combine un sous-ensemble d'indicateurs prospectifs et une couche de jugement expert.
Les indicateurs qualitatifs sont notés via des matrices de maturité à cinq niveaux : Basic (0), Standard (0,25), Advanced (0,5), Next practice (0,75), aligné (1).
Quatre des cinq pressions IPBES couvertes
La méthodologie couvre quatre des cinq grandes pressions sur la biodiversité identifiées par l'IPBES : changement d'usage des terres et des mers, exploitation directe des organismes, pollution, et changement climatique (ce dernier traité par renvoi aux méthodologies ACT Climat). La cinquième pression, les espèces exotiques envahissantes, n'est pas encore évaluée pleinement, faute d'indicateurs opérationnels suffisants à ce stade. L'évaluation porte sur trois grands types d'écosystèmes : terrestres, d'eau douce et marins.
Un point déterminant : ce que la méthodologie n'évalue pas
C'est sans doute le point le plus important pour comprendre la portée d'ACT Biodiversity. La méthodologie évalue la stratégie, les engagements et les pratiques des entreprises. Elle précise explicitement, dans le rapport de roadtest, qu'elle « n'évalue pas l'état de la nature lui-même » (page 5), lequel « doit être analysé par les entreprises en amont de l'évaluation ACT ».
Autrement dit : ACT Biodiversity suppose que l'entreprise dispose déjà d'une mesure fiable de l'état réel de la biodiversité sur ses sites et dans sa chaîne de valeur. Cette donnée terrain est une condition d'entrée, pas un produit de l'évaluation. C'est précisément le sujet que nous approfondissons dans notre article sur le rôle de la certification indépendante.
Un calendrier en trois temps
À retenir sur l'état d'avancement : la méthodologie était encore en version draft au moment du roadtest (résultats publiés en janvier 2026), dont l'objet était justement d'identifier les axes d'amélioration. La version 1 publiée en juin 2026 a depuis corrigé une partie des constats. Certains résultats du roadtest doivent donc être lus comme des enseignements de développement, et non comme l'état définitif de la méthode.
Et après ?
ACT Biodiversity fournit aux entreprises un cadre structuré pour situer leur stratégie biodiversité. Mais un cadre d'évaluation, aussi rigoureux soit-il, ne vaut que par la qualité des données qui l'alimentent. Le premier roadtest, mené sur 13 grands groupes français, en donne une illustration chiffrée : c'est l'objet de notre analyse des résultats du roadtest ACT Biodiversity.
La donnée terrain certifiée, condition d'une évaluation crédible. Sans mesure indépendante et traçable de l'état de la biodiversité sur site, aucune entreprise ne peut alimenter sérieusement ACT Biodiversity, ni le reporting CSRD/ESRS E4. C'est le rôle de la certification Effinature, délivrée par IRICE — organisme accrédité Cofrac n°5-0655 selon ISO/IEC 17065 (portée disponible sur www.cofrac.fr) : transformer un état de nature en donnée certifiée, exploitable et opposable. Échanger avec un expert IRICE.
Sources : méthodologie ACT Biodiversity v1 (ADEME-OFB, juin 2026) ; rapport de roadtest ACT Biodiversity (EVEA pour l'ADEME et l'OFB, janvier 2026).
Questions fréquentes
ACT Biodiversity est une méthodologie d'évaluation de la stratégie biodiversité des entreprises, développée par l'ADEME et l'Office français de la biodiversité (OFB) dans le cadre de l'initiative ACT. Sa version 1 a été publiée en juin 2026.
La méthodologie comprend 9 modules. Les modules « opérations directes » (2) et « amont » (4) pèsent ensemble 43 % du score de performance, ce qui en fait les plus déterminants.
ACT Biodiversity couvre 4 des 5 grandes pressions identifiées par l'IPBES : changement d'usage des terres et mers, exploitation directe, pollution et changement climatique. Les espèces exotiques envahissantes ne sont pas encore pleinement évaluées, faute d'indicateurs opérationnels.
Non. Le rapport de roadtest précise que la méthodologie « n'évalue pas l'état de la nature lui-même », lequel doit être analysé par l'entreprise en amont de l'évaluation. La mesure terrain est une condition d'entrée.
Président, IRICE Certification
Accréditation Cofrac n°5-0655, Certification de produits, procédés et services, portée disponible sur www.cofrac.fr.